Green IT : bénéfique pour la planète, les organisations et les consommateurs

Théodore Laugée
L’impact négatif des activités humaines sur notre environnement s’est considérablement aggravé avec l’évolution de nos technologies ces dernières décennies. Il est essentiel de comprendre qu’adapter nos modes de vie pour réduire cet impact n’est pas suffisant, il nous faut également adapter notre mode de production et repenser la manière dont nos industries fonctionnent. Dans l’industrie du numérique, la méthode qui vise à rendre le milieu plus responsable et moins polluant se nomme Green IT.

Les impacts de l’industrie de l’IT

Il est difficile de pointer du doigt avec précision toutes les manières dont le numérique contribue à la pollution et au réchauffement climatique. L’industrie est massive et extrêmement variée. Cependant, la plupart des experts s’accordent à dire que c’est principalement en raison de la consommation énergétique élevée de ses infrastructures et de la production d’appareils et de déchets électroniques que l’IT à un impact négatif sur notre environnement.

Les centres de données, les serveurs, les équipements réseau et les dispositifs électroniques nécessitent une grande quantité d'énergie pour fonctionner. Selon l’enquête WeGreenIT de la WWF, leur consommation représente environ 2 à 3 % des émissions de gaz à effets de serre (GES) dans le monde, soit autant que les transports aériens. A cela s’ajoute les émissions indirectes liées à la fabrication des outils et équipements (ordinateurs, serveurs, etc…) liés au monde de l’IT. Au total, les émissions de gaz à effet de serre de l'industrie de l'IT sont estimées à environ 4 % des émissions mondiales.

A cela viennent s’ajouter l’impact des dizaines de millions de tonnes de déchets électroniques (DEEE) générées chaque année. Selon le Global E-waste Monitor, publié en 2020, la quantité de déchets électroniques a atteint près de 54 millions de tonnes en 2019, avec une tendance à la hausse puisqu’en 2022 c’est 57 millions de tonnes qui seront jetées. A l’origine de ce gâchis, l'obsolescence rapide des technologies de l'IT et le gâchis induit par une consommation trop importante. De plus ces déchets sont difficiles à recycler car ils contiennent un grand nombre de substances toxiques qui peuvent nuire à l'environnement et à la santé humaine s'ils ne sont pas gérés de manière appropriée.

Enfin, certains coûts moins mis en avant par les études et les médias ne doivent pas être oubliés. Prenons l’eau comme exemple, l'industrie du numérique nécessite une quantité significative d'eau pour le refroidissement des centres de données et d'autres processus. Cela impacte les écosystèmes où l’eau se fait déjà rare. Selon certaines estimations, l’industrie de l’IT pourrait représenter jusqu'à 2 % de la consommation mondiale d'eau douce. La dégradation des écosystèmes pour exploiter les ressources nécessaires à l’IT ne se limite pas à l’eau. L’extraction des différents minerais et avant tout des terres rares essentielles à la fabrication des outils du numérique à un impact extrêmement néfaste sur l’environnement par les opérations minières couteuses en énergie et parfois en vie humaines, qu’elle réclame.

Face à des impacts aussi colossaux, le GreenIT ne se présente plus tellement comme une option mais comme une nécessité, car les solutions qu’il propose sont multiples.

Le Green IT
L'informatique responsable

Une mauvaise perception de ce qu’est le Green IT

Le Green IT, dont le nom français officiel est éco-TIC pour l’anecdote, vise à réduire l’empreinte économique, sociale et environnementale du numérique. Et comme nous l’avons vu, il y a du travail. Travail qui a déjà été retardé par une mauvaise compréhension des enjeux et des méthodes du Green IT.

Le « zéro papier » ou la dématérialisation apparu dans les années 1980 témoigne de cette incompréhension. Aujourd’hui, il est souvent vu comme plus éco-responsable de dématérialiser un document. En effet, réduire la consommation de papier, d’encre, d’électricité et d’eau nécessaire à une impression a un impact positif sur l’environnement, mais ce n’est pas pour autant que la dématérialisation est éco-responsable.

Les data centers, qui permettent la numérisation ou encore l’archivage des documents, pullulent de documents électroniques obsolètes, de doublons ou de formats lourds et peu optimisés. Ce sont ces mêmes centres de données qui consomment énormément d’énergie, d’eau et de matériaux.

Idem avec le travail à distance. Il était estimé dans les années 1990 que l’arrivée des télécommunications allait permettre de réduire drastiquement le nombre de voyages d’affaires et les déplacements professionnels. Mais non seulement les études prouvent que le déplacement moyen a augmenté mais en plus la multiplication des appels et des visioconférences rendues de plus en plus simples et accessibles contribuent à l’augmentation de l’empreinte carbone de nombreuses entreprises.

Enfin, il est important de comprendre que le Green IT ne comprend pas de mesures contraignantes. Réduire sa consommation énergétique, c’est également réduire ses coûts.

Les solutions du Green IT

Le Green IT est un ensemble de techniques extrêmement disparates, allant de petits changements d’habitudes quotidiennes au déploiement de mesures d’ampleur. Par exemple, les méthodes employées pour réduire la consommation d’énergie dans les entreprises de l’IT peuvent être de simplement d’éteindre les ordinateurs hors des heures de travail. En 2009, une organisation possédant 10 000 PC et qui les éteignait en dehors des heures de travail économisaient en moyenne 1871 tonnes de CO2 en un an et par la même occasion 260 000$.

Dans un cadre plus large, le Green IT se concentre sur trois points distincts.

Le Green IT 1.0

Le Green IT 1.0 veut réduire l’impact de l’informatique tout au long de son cycle de vie. Les pratiques du GreenIT 1.0 incluent donc autant des méthodes visant à réduire la consommation d’énergie des appareils durant leur utilisation, mais aussi au cours de leur fabrication et à la fin de leur cycle de vie. En France, depuis 2014, les distributeurs ont l’obligation de reprendre le matériel informatique lorsque le client achète un produit similaire en magasin. Pour cela ils sont également obligés d’adhérer à un éco-organisme qui collecte le matériel en question et qui se charge par la suite de son recyclage. La législation contre l’obsolescence programmée s’inclue également dans cette démarche.

L’idée est également d’optimiser les processus techniques existants pour allonger la durée de vie active des équipements et engendrer des économies d’énergie. Les fabricants ne doivent pas se contenter de juste réduire la consommation énergétique des appareils, ils doivent également les rendre plus performants pour l’énergie consommée.

Le Green IT 1.5

Le Green IT 1.5 correspond aux techniques visant à réduire l’impact des structures des organisations (fonctions de support, etc…) sur l’environnement. Ce périmètre regroupe les initiatives visant à réduire les déplacements physiques, par la dématérialisation et l’échange des données informatiques et à rendre ces méthodes réellement éco-responsables. Dans ce cadre, les organisations utilisent des logiciels permettant de mesurer, simuler, et réduire leur empreinte : comptabilité carbone, logiciels de notation de la performance environnementale des fournisseurs, outil de pilotage et reporting RSE. On parle de Système d'Information Développement Durable (SIDD).

Parmi ces techniques on trouve notamment le Cloud Computing. Puisque le Cloud permet de partager les ressources informatiques de manière plus efficace, cela réduit la nécessité de posséder et de maintenir des serveurs physiques, ce qui permet d'économiser de l'énergie et des ressources.

Le Green IT 2.0

Le Green IT 2.0 se concentre sur la réduction globale des émissions de GES de l’ensemble des organisations par l’emploi de nouvelles technologies. Alors que les Green IT 1.0 et 1.5 tentent de résoudre les problèmes déjà présent au sein de l’industrie de l’IT, le Green IT 2.0 va se concentrer sur le développement de technologies et d’infrastructures déjà plus éco-responsables, avec une gestion pré-définie des déchets informatiques, l’utilisation d’énergies renouvelables, le recyclage de l’eau utilisée pour refroidir les serveur l'intégration de critères environnementaux dans les décisions d'achat de matériel informatique, la sensibilisation des utilisateurs aux bonnes pratiques environnementales, et bien d'autres….

Tous ces aspects du Green IT ont le potentiel d’avoir un impact positif sur l’environnement bien sûr, mais aussi sur bien d’autres aspects tout aussi importants du développement durable.

Un sujet qui dépasse l’industriede l'IT

Le Green IT ne concerne pas que les organisations, qui, si elles sont souvent les plus pollueuses ne représentent qu’une partie du problème, les individus ont également un rôle à jouer. Les pratiques adoptées par une organisation et tous ses collaborateurs durant les heures de travail sont également bénéfiques en dehors d’un cadre professionnel. Limiter les téléchargements excessifs, l’envoi de fichiers massifs, faire le tri dans nos fichiers numériques, compresser les fichiers les plus lourds, acheter des objets numériques reconditionnés ou responsables, privilégier la réparation et le recyclage à de nouveaux achats…Sensibiliser autrui au Green IT est très important et son impact social ne doit pas être négligé.

L'adoption du Green IT crée de nouvelles opportunités d'emploi dans des domaines tels que la gestion de l'énergie, l'efficacité des data centers, le développement de logiciels éco-responsables, etc. Cela favorise la croissance de l'économie verte et la transition vers une société plus durable, mais aussi plus juste. En effet, le Green IT c’est également la réduction de la fracture numérique, il encourage à l'inclusion numérique en veillant à ce que les technologies soient accessibles à tous, indépendamment de leur situation géographique, de leur statut socio-économique ou de leurs capacités.

Le Green IT est essentiel pour une société plus durable, plus égalitaire, mais surtout plus innovante. En encourageant le développement de nouvelles technologies, services et modèles d'affaires durables, il favorise l'émergence de solutions créatives qui répondent aux enjeux environnementaux tout en apportant des avantages sociaux et économiques. La virtualisation et le Cloud Computing sont des solutions nées d’une volonté de réduire l’impact négatif de l’IT sur l’environnement tout en étant plus pratique et plus économique.

Il est difficile de trouver une bonne raison de ne pas s’intéresser au Green IT. Les solutions proposées sont souvent source de progrès, et les économies d’énergie ainsi que la réduction des impacts négatifs de l’IT sont bénéfiques autant aux organisations qu’aux individus, que ce soit économiquement ou environnementalement. Nous n’avons qu’une planète, mais le Green IT nous montre que nous avons beaucoup de solutions pour la préserver.

Ecrit par

Théodore Laugée

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